À la fin de l’année 1843, la reine Pomare ayant refusé de hisser le pavillon du protectorat français, Du Petit-Thouars prononça l’annexion de Tahiti (6 novembre) et installa Bruat comme gouverneur, dans la résidence de cette dernière à Papeete. Elle écrivit une lettre de protestation à Louis-Philippe, puis, en janvier 1844, se réfugia à bord du navire anglais Basilisk.

C’est en mars 1844 que les affrontements commencèrent à Tahiti (Taravao, Mahaena, Haapape, Faaa).

En juillet, Bruat apprit que le gouvernement français n’approuvait pas l’annexion. Il tenta alors un rapprochement auprès de la reine, mais celle-ci choisit de s’enfuir aux Îles Sous-le-Vent à bord du Carysforth.

Le protectorat fut rétabli en janvier 1845 par l’amiral Hamelin, qui succédait à Du Petit-Thouars.

À Paris, on n’était au courant des événements que de longs mois après qu’ils fussent survenus.

Le 10 mai 1845, le Ministre de la Marine et des Colonies de Mackau envoya à Bruat une dépêche dans laquelle il annonçait qu’il avait été mis au courant d’une demande de protectorat auprès du gouvernement anglais, écrite en juillet 1844, de la part des chefs de Raiatea, Bora Bora et Huahine. « À cette occasion, ils se sont présentés comme indépendants du pouvoir de la reine Pomaré ».La demande n’avait pas été acceptée.

Cette indépendance affirmée allait devenir un sujet sensible dans les relations diplomatiques entre la France et l’Angleterre.

D’une part, « le consul d’Angleterre [il s’agit de William Miller] a écrit à son gouvernement qu’à ses yeux, cette indépendance est bien établie ».

Mais d’autre part, du point de vue français, « il avait été généralement admis que l’autorité de la reine Pomaré s’étendait sur la totalité des îles de l’archipel de la Société ». À l’appui de cette position, le ministre citait un rapport du capitaine de corvette Maissin qui, en août 1844, exprimait « sa conviction bien établie à ce sujet : il a d’ailleurs trouvé en vigueur dans ces îles, un règlement de pilotage signé par la reine Pomaré ».

C’était un problème qui « a besoin d’être l’objet d’une enquête dont les résultats seront soumis aux deux Gouvernemens qui, seuls, peuvent prononcer d’une manière sûre et définitive ».

En attendant le résultat de l’investigation que Bruat était chargé de mener à bien, « vous n’êtes autorisé à reconnaître la légalité d’aucun acte qui aurait pour effet de préjuger d’une manière quelconque à l’égard des îles dont il s’agit, la question de leur indépendance ».

Le 14 août 1845, le ministre écrivit qu’il avait pris connaissance des initiatives de Bruat, à savoir l’envoi de navires aux Îles Sous-le-Vent pour y faire reconnaître le protectorat et arborer le pavillon, lequel avait ensuite été enlevé « par les émissaires de la reine Pomaré ». Le ministre reconnaissait que Bruat n’avait fait que de se conformer aux instructions ministérielles. « Mais cette autorisation supposait comme incontestable le fait qui précisément se trouve ici mis en doute ; c’est-à-dire le droit de souveraineté de la reine Pomaré sur la totalité des îles comprises dans la dénomination d’archipel de la Société. »

Le ministre ignorait quelle avait été l’attitude de Bruat à la suite de cette « démonstration hostile« . « Je dois donc ici raisonner hypothétiquement. » » Sa préoccupation était de ne pas déclencher d’hostilités avec les populations (et avec l’Angleterre) tant que la question de la souveraineté de la reine sur les Îles Sous-le-Vent n’aurait pas été réglée entre l’Angleterre et la France : il fallait laisser le pavillon arboré s’il était toujours en place, ne pas tenter de le hisser à nouveau s’il avait été retiré, sur les îles « où a pu s’étendre la domination plus ou moins contestée de la reine Pomaré ».

Il espérait que l’enquête demandée serait terminée avant que Bruat n’eût reçu sa lettre.

Par ailleurs, le ministre se félicitait de départ du consul général anglais Miller : « Ce fonctionnaire a répondu à votre confiance et à vos bons procédés par une conduite mystérieuse, suspecte, et visiblement contraire à nos intérêts ». Le ministre des affaires étrangères allait « faire apprécier par le gouvernement britannique la conduite de son agent ». De Mackau félicitait Bruat de ne pas avoir reconnu à Miller un caractère officiel de consul ; il fallait continuer « de réclamer préalablement l’exequatur du Roi, avant toute reconnaissance d’un consul étranger ».

Toujours dans le domaine de la diplomatie se posait le problème du salut au pavillon, acte obligé de tout navire étranger entrant dans la rade de Papeete. Allant dans le sens de Bruat (d’accord avec l’amiral Hamelin), il écrivait : « « J’approuve qu’à l’avenir vous vous borniez, en traitant du salut, à en demander un seul, qui sera de 21 coups ainsi que je l’ai prescrit, et qui s’adressera simultanément au pavillon national et à celui du protectorat ». Enfin, Bruat était félicité pour son attitude envers la reine et pour la politique qu’il menait. « J’attends avec confiance vos prochaines communications », écrivait le ministre pour conclure sa lettre.

Mais il savait que la situation n’était pas stabilisée.

Dans sa lettre du 30 août 1845 (parvenue l’année suivante à Tahiti), il réitérait ses instructions : « Rien n’est plus propre, en effet, que les nouvelles complications survenues à Raïatéa et dans les autres îles du groupe occidental, à démontrer les inconvéniens et l’inopportunité d’un système d’extension du protectorat qui ne laisse plus à l’action commune des deux gouvernemens la liberté et la latitude nécessaires ».

Le 12 août 1845, l’amiral anglais Seymour jetait de l’huile sur le feu en déclarant reconnaître officiellement l’indépendance des Îles Sous-le-Vent. Après l’échec d’un débarquement français à Huahine en janvier 1846, les hostilités reprenaient à Tahiti en mars. Elles cessèrent en décembre, et le reine revint à Tahiti en février 1847.

L’indépendance des Îles Sous-le-Vent était actée par les deux nations européennes le 19 juin 1847 par la signature de la Déclaration Jarnac-Palmerston (abolie quarante ans plus tard).

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Ce livre est la traduction française de la première édition anglaise de 1805.

John Turnbull était un navigateur et marchand britannique qui participa, au début du XIXè siècle, à l’établissement du commerce dans le Pacifique entre l’Australie et la Polynésie ainsi qu’Hawai’i.

Le marchand John Turnbull et John Buyers, second officier de marine qui commerça en Chine, décidèrent d’acquérir un navire, la Margaret nouvellement mis à l’eau, leur permettant d’établir de nouvelles voies de commerce dans l’Océan Pacifique à partir de l’Australie. Ils fondèrent pour cela la compagnie Turnbull and Co. Buyers en était le capitaine, Turnbull le subrécargue. Le 1er juillet 1800, « nous quittâmes l’Angleterre pour aller tenter fortune dans des régions peu fréquentées par les Européens ».

(On notera que, dans ce récit, la chronologie est parfois très floue).

Leur route passait d’abord par Madère, San Salvador de Bahia, le Cap de Bonne Espérance qu’ils atteignirent le 7 novembre. Ils s’arrêtèrent un mois au Cap, puis gagnèrent Port Jackson (Australie) le 7 janvier 1801. « Nous ne nous attendions pas à y rencontrer cinq autres vaisseaux, et nous en fûmes très fâchés, appréhendant de ne pouvoir nous défaire de notre cargaison. Nos craintes ne se trouvèrent que trop bien fondées, car nous apprîmes que la colonie était presque dépourvue d’argent. […] Il fut convenu entre le capitaine et moi, que je resterais au Port-Jackson, pour tirer le meilleur parti possible de la cargaison, tandis qu’il se rendrait avec le vaisseau à la côte nord-ouest de l’Amérique ». Turnbull alla aussi tenter sa chance dans l’île de Norfolk où il resta dix mois. Entre temps, son capitaine était revenu du nord-ouest et avait engagé une équipe qu’il laissa sur King Island (au nord de la Tasmanie) pour y rassembler des peaux ; il souhaitait se rendre aux îles de la Société pour y renouveler ses provisions. Il récupéra Turnbull et firent voile vers l’est.

Après s’être arrêtés à Mehetia, ils atteignirent Tahiti le 23 septembre 1802 et jetèrent l’ancre dans la baie de Matavai. Ils y trouvèrent un autre navire, le Porpoise, venu de Port Jackson pour prendre un chargement de porcs. Sur la plage gisaient les débris du Norfolk, brisé par une tempête en début d’année. « Le capitaine du Porpoise nous informa que la guerre désolait Otaïti depuis longtemps à l’occasion de la tyrannie qu’exerçait la famille de Pomarre .» (La lutte pour la possession du dieu Oro battait son plein, mais la Margaret arrivait au moment d’une trève.)

Effectivement, Turnbull, qui était avant tout commerçant, eut à se plaindre de cet état de fait. Mais cela ne l’empêcha pas d’observer et de mettre par écrit ce qu’il vit de la société tahitienne. Il décrivit plus particulièrement les Pomare : Pomarre (Pomare 1er) dont il avait bien compris qu’il n’était que le régent, le vrai roi étant son fils Otoo (Tu – Pomare II). Ce dernier nous était présenté comme étant curieux de tout, et surtout demandeur de liqueurs fortes. « Tous les membres de la famille royale aimaient l’eau-de-vie avec passion ; et tous, excepté Pomarre, étaient furieux dans l’ivresse. » Turnbull fit aussi le portrait de Tetua, femme de Pomare II ; de Edeah (Itia), mère de Pomare II, qui vivait avec « son favori, un chef de l’île d’Huaheine, dont la figure et les manières annonçaient la férocité». De nombreuses anecdotes nous fournissent des renseignements précieux sur cette année 1802, tant sur le conflit en cours que sur les missionnaires (dont il fait l’éloge) et les Tahitiens. Les affaires se font tant bien que mal : « Le capitaine était à terre pour veiller à l’approvisionnement et aux salaisons, et j’avais le commandement du vaisseau. […] Nous avions déjà passé un mois à Otaïti, occupés à rassembler des cochons, mais sans avoir pu encore nous en procurer un nombre suffisant.» Ils décidèrent alors de se rendre aux Îles Sous-le-Vent. Ils furent très bien reçus à Huahine, et assistèrent à un spectacle de danse. À Ulitea (Raiatea) cependant, ils durent faire face à une tentative des insulaires, aidés de quelques marins déserteurs, de s’emparer du bateau. Ce fut avec difficulté qu’ils purent s’échapper. Ils firent halte à Mobidie (Maupiti), où ils purent se ravitailler et où « les cochons y coûtent beaucoup moins cher».

Ils se rendirent ensuite aux îles Sandwich, d’où ils repartirent le 21 janvier 1803.

Naviguant dans les Tuamotu du nord-ouest, ils eurent quelques frayeurs en tentant un contact avec des habitants qu’ils soupçonnèrent de cannibalisme. Ils firent escale à Matia (Makatea) avant de revenir à Tahiti. Ils furent accueillis par « leurs anciens amis, Pomarre, Edeah et Otoo, avec la plus grande cordialité» . Malheureusement pour eux, pendant leur absence, le vaisseau Nautilus « avait enlevé tous les cochons qu’il avait pu se procurer, ce qui nous contraria beaucoup. […] En conséquence, nous convînmes, le capitaine et moi, qu’il irait chercher des porcs dans quelques-unes des îles situées à l’est d’Otaïti, et que je resterais dans cette dernière île avec deux ou trois de nos gens, pour saler la provision déjà faite» .

Turnbull s’organisa pour trouver des porcs. Il enrôla des déserteurs, avec à leur tête Pierre le Suédois. Les animaux abondèrent. Après quelques problèmes avec des hommes qu’il avait engagés, il établit son magasin chez les missionnaires « dont la maison était une espèce de château-fort» .

Il ne manquait pas de maintenir de bonnes relations avec la famille royale. « Otoo m’invitait souvent à aller le voir. Je le trouvais toujours oisif, ainsi que la reine son épouse. Il me faisait signe de m’asseoir sur l’herbe, puis il s’y couchait à côté de moi, et entrait en conversation familière. La reine n’avait pas moins de condescendance que son royal époux. Elle ne manquait jamais, dans ces occasions-là, de fouiller dans mes poches pour s’approprier tout ce qu’elle y trouvait. La reine de Tiaraboo, sa sœur, en faisait autant : aussi avais-je soin de ne mettre dans mes poches que des objets de peu de valeur, que les deux reines avaient le plaisir de me voler.»

Après un temps anormalement long (deux mois au lieu de trois semaines), la nouvelle du naufrage de la Margaret arriva. Dix-huit rescapés purent rejoindre Tahiti sur un radeau.

Turnbull se rendit à Eimeo (Moorea), où il resta neuf jours. Au début du mois d’août 1803, une grande expédition se mit en route contre le peuple d’Attahoura, avec le roi Otoo, et son frère Terinavouroa, roi de Tiarabo, Pomarre, Edeah, Paitia, frère de Pomarre et Awow, leur sœur, à la tête de tous leurs guerriers, auxquels s’étaient joints dix Européens

Le moral est au plus bas : « Après la perte de notre vaisseau, notre perspective à Otaïti devenait fort triste» . Au bout de trois mois, un navire vint mouiller en baie de Matavai. Le capitaine accepta de les prendre à bord, avec pour destination Port-Jackson. La veille de leur départ, Turnbull assista à la mort de Pomare (3 septembre 1803).

Ils revinrent en Australie en passant par les Îles des Amis (Tonga) et l’île Norfolk. Ils attendirent encore longtemps avant de s’embarquer sur le Calcutta pour rejoindre l’Angleterre qu’ils revirent après quatre ans et trente et un jours.

O’Reilly écrit (dans Tahitiens) : « Écrit avec expérience et objectivité, cet ouvrage, trop peu connu, trop peu utilisé, est d’une importance capitale pour l’étude du comportement des indigènes et de leur attitude vis-à-vis des étrangers, vingt ans environ après leur premier contact avec les blancs, et la réalité – alors comme aujourd’hui – apparaît bien éloignée de certains rêves idéalistes…» « 

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Ce petit livre relié de 13,5 par 21,5 cm comporte Xiii + 120 pages. C’est la relation, en anglais, du voyage du brick (en anglais brig) Mercury. Parti de Gravesend (Angleterre, rive sud de la Tamise) le 26 février 1789, il rallia successivement Teneriffe, Tristan da Cunha, le Cap de Bonne Espérance, l’île Amsterdam, la Tasmanie, Tahiti (le 12 août), Hawai’i, les côtes de l’Alaska, Macao et enfin Canton le 1er janvier 1790. C’était un navire de 152 tonneaux, doublé en cuivre, armé de 16 canons, d’environ 30 mètres de longueur. Il avait deux mâts, et était gréé en voiles carrées avec une brigantine à l’arrière. Rapide et maniable, très répandu de la fin du XVIIè au milieu du XIXè siècle, le brick était le navire de prédilection des pirates et des corsaires. Il était utilisé également pour le commerce, l’exploration et la guerre.

Son commandant était John Henry Cox (1750-1791). C’était un habile commerçant, connaissant bien les côtes est et ouest de l’Océan Pacifique. Pensant pouvoir tirer profit de la guerre entre la Russie et la Suède, il proposa au roi de Suède Gustave III de s’attaquer aux intérêts russes sur les côtes orientales d’Asie et sur les côtes occidentales nord-américaines, plus particulièrement concernant le commerce des fourrures et des peaux. Il mit à la disposition du roi son bateau, rebaptisé secrètement Gustaf III, mais gardant aux yeux du monde son nom Mercury. Un contrat fut signé le 11 novembre 1788.

Il semble que Cox aurait eu l’intention d’utiliser ce contrat plus comme une « arme commerciale » vis à vis des concurrents plutôt que de causer des dommages aux Russes. D’ailleurs le récit de Mortimer ne fait aucune mention d’utilisation de l’artillerie du navire, sauf à blanc pour chasser les Tahitiens trop envahissants. (Signalons qu’un traité russo-suédois fut signé le 14 août 1790, empêchant de fait la conduite d’actions hostiles.)

George Mortimer était lieutenant de marine. Il est probable qu’il quitta Cox à l’arrivée à Canton. En effet, Cox profita de cette escale pour désarmer son bateau, l’équipant différemment pour reprendre une navigation purement commerciale.

Son récit ne comporte pas de chapitres. Il est divisé en paragraphes de longueur très variable. En marge, l’auteur a mentionné la chronologie du voyage, au jour le jour.

Ce qui nous intéresse plus particulièrement, ce sont les quarante-sept pages qu’il consacre à Tahiti et aux îles avoisinantes.

Le Mercury jeta donc l’ancre le 12 août 1789 dans la baie de Matavai.

L’auteur prévient d’emblée que le capitaine Cook et les gentlemen qui l’accompagnaient ont si bien décrit Tahiti, les us et coutumes de ses habitants, son climat, ses productions, qu’un nouveau compte rendu détaillé serait superflu. Il s’est donc contenté les événements vécus au cours de son séjour.

Il fut accueilli par le chef de Matavai Poneow. Il s’agit de Poino, dont la particularité était d’avoir conservé le portrait de Cook, au dos duquel le capitaine Bligh avait écrit quelques mots avant son départ le 4 avril 1789 (quatre mois avant l’arrivée du Mercury).

Tout le temps de leur escale, le navire fut envahi par une foule de curieux.

Mortimer aperçut, en se promenant, des espaces plantés de légumes provenant de graines fournies par différents visiteurs, mais complètement envahis de mauvaises herbes, « totalement négligés par les indigènes qui ne leur accordaient aucun intérêt » .

Il était très étonné de l’intérêt porté aux étrangers : « Nous ne descendîmes jamais à terre sans être suivis d’une foule de personnes des deux sexes et de tous âges, qui s’efforçaient de se tenir tout près de nous et nous toucher, certains nous caressant le dos et les côtés, d’autres admirant nos vêtements». Ils se disputaient pour les porter quand leur chemin était traversé par un ruisseau.

Itia, la femme de Tu (Pomare Ier), vint leur rendre visite le 16, suivie de Tu lui-même. Ce dernier manifesta son plaisir de les rencontrer, leur serrant la main et s’enquérant de leurs noms. Il fut étonné qu’un navire si petit (par rapport à ceux qu’il avait vus auparavant) ait pu venir d’aussi loin « sans balancier, comme ils en ont, accrochés à leurs pirogues » .

Le même jour, Mortimer se rendit, avec un officier du Mercury, à la demeure de Poino. Avant d’en repartir, on massa leurs membres (Taueumee = taurumi). Puis ils se rendirent à un heiva, qui avait été organisé pour les divertir. « Le spectacle comprenait des danses, des textes chantés, des saynètes, avec accompagnement de battements de tambours. Les acteurs étaient des deux sexes et s’acquittaient avec beaucoup d’habileté de leurs rôles respectifs. Les batteurs se montraient particulièrement doués, suivant le rythme avec précision et adaptant le son de leurs tambours aux mouvements des danseurs. Nous ne pouvions pas bien comprendre les thèmes de leurs comédies […]». Ce qui était certain, c’est que les scènes déclenchaient l’hilarité des spectateurs. Mortimer observa que lui et ses compagnons étaient parfois la risée des Tahitiens. « S’ils étaient témoins d’une de nos actions, à bord du navire, qui leur semblait ridicule ou absurde, ils ne manquaient pas de la parodier avec une grande exagération.» Ils assistèrent à plusieurs heiva, le dernier étant « plus particulièrement indécent et lascif» . Il raconte la mésaventure d’un des marins tombé amoureux d’une danseuse. Il projetait de l’emmener à bord, mais quand elle eut retiré son « attirail de scène » , il s’aperçut que c’était un « joli et fringant garçon ».

Ils purent constater que Tu était un grand buveur, qui ingurgitait « des rasades de vin à la santé du roi George avec autant de rapidité que nous en mettions à remplir son verre ». Il disait qu’il souhaitait être légèrement ivre, comme il l’était souvent à bord du navire du capitaine Bligh.

« Nous remarquâmes que ses sujets étaient peu respectueux envers sa personne. » Tu dormit presque toutes les nuits à bord. Il manifesta parfois un caractère puéril. Ainsi, il fit une crise de jalousie, pleurant en voyant qu’on avait offert à sa femme une paire de ciseaux avec une chaîne pour les suspendre. Il se calma quand il en reçut à son tour.

Mortimer avait de l’admiration pour Itia : « C’est une femme sensible et intelligente […] Elle se sert d’un couteau et d’une fourchette presque aussi bien qu’une Européenne ; et elle adore le thé. Sa Majesté est une excellente tireuse, et atteignit notre bouée dès son premier coup de feu, avec une seule balle, bien qu’elle fût à une grande distance du bateau ».

La présence de Tu (et de sa suite) sur le navire gênait l’équipage, mais on ne le chassa jamais, ce qui n’était pas le cas pour le reste de la population.

Mortimer consacre plusieurs pages à une expédition menée avec le cotre à Moorea. Ils assistèrent, entre autres, à un combat (ou plutôt une escarmouche) au cours duquel il semble que leur présence fit battre en retraite les ennemis de ceux qui les avaient accueillis.

Ils abandonnèrent le matelot Brown à Tahiti. Homme violent quand il avait bu, il allait être sous la protection de Tu.

Le 31, ils reçurent la visite de Potatow (Pohuetua), « l’ami du capitaine Cook ».

Puis ils firent voile vers Tetiaroa le 2 septembre.

Ils traversèrent l’équateur le 10 et atteignirent Hawai’i le 20.

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Ce dossier est composé d’une dizaine de documents manuscrits, datés du 17 juillet au 16 août 1906, sauf un sans date mais correspondant au début de cette période. Quelques-unes des feuilles présentent des trous causés par la vermine, ce qui rend la compréhension des textes difficile.

Les auteurs de ces écrits sont : – le Président du Conseil de District de Vairao Tetuaiterai – le Chef de cabinet du Gouverneur – le Lieutenant Commandant de la gendarmerie de Tahiti Bonnemaison – le Gendarme Jean Mamy, de la brigade de Taravao – le Commissaire de police de Papeete Quesnot – le Commandant de la brigade de Taravao, le Maréchal des logis Guillot

L’affaire commence par une note manuscrite en tahitien du Président du Conseil de district de Vairao, traduite pour le Gouverneur par l’interprète Cadousteau : « Salut ! Des richards ont invité tout récemment des Tahitiens à aller en Amérique pour y exécuter des danses et des chants d’himene. J’ai appris que, dans mon district, il y en a quelques-uns qui doivent y aller. Voyez, je vous prie, s’il n’y a aucun inconvénient à cela ».

Le texte en tahitien est recouvert de quelques lignes en diagonale, de la main du Chef de cabinet du Gouverneur : « Confidentiel – Communiqué pour enquête d’urgence à Monsieur l’Agent spécial de Taravao – Suivant les renseignements verbaux fournis hier par le Chef, une quinzaine d’indigènes seraient sur le point de partir, recrutés vraisemblablement par la famille Salmon – V. notamment s’il y a des mineurs ».

Le Commandant de la Gendarmerie à Tahiti va alors mener l’enquête.

D’abord, il reçoit un rapport du gendarme à pied Jean Mamy, « revêtu de notre uniforme, et conformément aux ordres de nos chefs, chargé de prendre des renseignements au sujet d’un engagement qu’aurait contracté certains indigènes du district de Vairao avec l’un des fils Tati Salmon de Papara, qui, à la suite de cet engagement, les conduirait à San Francisco où il leur ferait exécuter des danses tahitiennes où autres excentricités moyennant rétribution […]». Les renseignements qu’il obtient auprès de deux habitants du district sont qu’effectivement, le fils Tati Salmon « le manchot» a embauché douze ou quinze jeunes pour présenter à San Francisco « des danses indigènes, des tours de force et excentricités». Les deux témoins ignorent les conditions de l’engagement.

Le Commissaire de police Quesnot apporte le 17 juillet un supplément d’informations : il y aurait « huit hommes et sept femmes engagés par Tauraa Salmon pour faire une tournée de danse et d’otea par toute l’Amérique, notamment à San Francisco, à New-York, à Chicago et peut-être même en Europe. Des engagements auraient déjà été contractés dans différentes villes d’Amérique par l’entrepreneur de ce genre de spectacle. Les indigènes emporteraient avec eux deux ou trois cases indigènes démontables et feraient une campagne d’au moins un an» .

Le 19 juillet, le Maréchal des logis Guillot, commandant la brigade de Taravao, se rend à Vairao. Là, apprenant que « le départ de ces indigènes ne devait avoir lieu que par le courrier Mariposa d’août », il demande au Chef de lui envoyer ces personnes au fort de Taravao. Ces « braves gens » viennent « en deux groupes, les 20 et 21 courant », au total « quarante et un parmi lesquels il y a des femmes et des mineurs ». Guillot les sermonne, les engageant à bien réfléchir et « leur a fait entrevoir qu’ils avaient de belles terres à mettre en valeur et qu’ils trouveraient moins d’aléas à cultiver leurs terres qu’en allant dans l’inconnu». Il leur précise qu’en cas de départ, ils doivent s’assurer que leur passage de retour sera bien financé par un dépôt d’argent auprès de la compagnie de navigation.

Il ajoute que c’est l’ancien Chef de Vairao, « le Sieur Uira, qui travaille pour le compte de Monsieur Tati Salmon », qui les a recrutés. Un état nominatif accompagne ce rapport.

Le 26 juillet, le Président du Conseil de district de Vairao, apparemment très mécontent de cette affaire, écrit à nouveau au Gouverneur (lettre en tahitien, traduite). D’abord il le remercie d’une lettre « dont je suis particulièrement satisfait». Puis il lui rapporte les propos entendus la veille de la bouche de celui qui a recruté ses administrés. Il « leur a exprimé toute sa satisfaction pour avoir bien suivi ses instructions. Il leur a ajouté ceci : Tout ce qu’on vous a dit pour vous effrayer n’est que mensonge. […] N’ayez aucune crainte, il ne vous arrivera rien […]».

Le Peretiteni no te apooraa mataeinaa no Vairao est indigné : « Dites-moi, je vous prie, si des étrangers peuvent organiser impunément des réunions d’himene ou de danse qui sont préjudiciables aux intérêts des gens puisqu’elles entraînent ces derniers à abandonner leurs plantations ». Il termine sa lettre par des propos où se mêlent puritanisme et patriotisme : « Ce qui est pire encore c’est de voir les enfants apprendre toutes les danses obscènes de leurs parents. Il est regrettable que, pour la Fête nationale, ils trouvent moyen de s’excuser, et qu’ils soient au contraire pleins d’entrain pour donner des fêtes à des étrangers» .

Le 1er août, le Maréchal des logis Guillot envoie un nouveau rapport dans lequel il fait état d’une réunion tenue à la chefferie, rassemblant « les indigènes de Vairao qui doivent se rendre aux États-Unis embauchés par Monsieur Tauraa Salmon». Dix-huit se sont présentés. Ils n’ont pas encore signé de contrat. Guillot « a fait remarquer à ces naïfs que M. le Gouverneur, ne connaissant les termes de leur contrat, s’opposerait de tout son pouvoir à leur départ. Il les a engagés ensuite à ne pas aller dans l’inconnu, et leur a fait entrevoir toutes les misères qu’ils pourraient endurer dans un pays froid si celui qui les engage n’est pas tenu de les vêtir chaudement, leurs propres moyens étant insuffisants. Il s’est efforcé enfin de leur démontrer tous les aléas qui peuvent surgir dès leur embarquement. Plusieurs paraissent hésitants, d’autres paraissent décidés à partir» .

Le 16 août, le Commissaire de police écrit au Gouverneur que dix-huit habitants de Vairao (douze hommes et six femmes) sont arrivés à Papeete par la Tahiti. « Ils doivent partir par le prochain Mariposa. »

Le dossier s’arrête à cette date, ce qui est frustrant.

Dans le JO des ÉFO des 16-17 août 1906, on apprend qu’un départ de passagers à Papeete est prévu le 22 août, avec arrivée à San Francisco le 3 septembre.

C’est en cherchant dans les journaux de San Francisco qu’on apprend la suite.

Dans son édition du 4 septembre 1906, page 16, le San Francisco Call titre :

TWENTY PRETTY DANCING MAIDS ARRIVE FROM TAHITI ON TOUR OF PICTURESQUE ENTERTAINMENT

L’article est accompagné d’une photo à propos de laquelle il est précisé : « La photographie de la troupe a été prise à Papeete par L. Gausliner» (en l’occurrence Lucien Gauthier) dans les jardins du Prince Hinoi. La troupe est dirigée par Sauraatua Salmon (Taarua, mentionné plus haut). »

Il est curieux de voir que sur cette photo, les hommes sont nombreux, alors que les commentaires du journal ne s’intéressent qu’aux femmes, allant jusqu’à écrire que le groupe est composé de « vingt demoiselles venant de Tahiti» . Elles ont été choisies pour leur élégance et leur beauté, et elles chantent aussi bien qu’elles dansent. On apprend que la troupe s’est produite tous les soirs à bord du Mariposa, pour la plus grande joie des voyageurs, et que plusieurs professeurs d’anthropologie ont manifesté leur intention d’assister au spectacle « d’un point de vue purement scientifique» .

Après San Francisco, leur première étape sera Los Angeles…

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Dans son livre Histoire de la Polynésie orientale, paru en 1910, Eugène Caillot écrit qu’en 1846, le Gouvernement français manifestait « de plus en plus son mécontentement de la façon dont les affaires de Tahiti étaient conduites. Au début du Protectorat, il avait cru à une occupation facile, puis à une guerre d’une courte durée ; maintenant que celle-ci se prolongeait, il s’en prenait à ses officiers, les accusant de l’avoir mal renseigné et jetant un doute sur leurs capacités. Les hostilités continuant, après tant de combats, la mauvaise humeur du roi Louis-Philippe et de ses ministres avait fini par éclater : le rappel du gouverneur Bruat avait été décidé. Néanmoins, comme il était impossible de nier le dévouement de l’illustre officier de marine, on l’avait nommé contre-amiral, tout en lui donnant un successeur dans le Gouvernement des Établissements français de l’Océanie et dans le Commissariat du Roi près la Reine des Îles de la Société. Par une ordonnance royale en date du 6 septembre 1846, le capitaine de vaisseau Lavaud avait été nommé à ces fonctions, et celui-ci était parti de Brest sur la frégate La Sirène, le 14 novembre ».

Ces lignes laissent à penser qu’à Paris, sans mettre en doute le « dévouement » de Bruat, on mettait en doute ses compétences, et l’on décida de le remplacer tout en le récompensant.

Les lettres du Ministre (le baron de Mackau) des 26 mai 1846 (adressée au Capitaine de Vaisseau Bruat, reçue le 6 novembre) et 18 octobre 1846 (adressée au Contre-amiral Bruat, reçue le 25 mars 1847) donnent une autre vision de l’affaire.

« Paris le 26 mai 1846. – Monsieur le Gouverneur, j’ai appris avec beaucoup de regret, par votre lettre du 16 décembre [1845], votre désir de rentrer en France

Ainsi dès la fin de 1845, Bruat a fait une demande de rapatriement. Le Ministre semble sincèrement désolé, d’une part, et d’autre part lui demande du temps pour « vous chercher un successeur capable de continuer l’œuvre à laquelle vous vous êtes dévoué depuis trois ans» . Bruat a également demandé d’être accompgné des officiers qui constituaient son état-major. « e statuerai alors, écrit le Ministre, aussi favorablement que je croirai pouvoir le faire» sur cette requête. Enfin il lui redit sa confiance pour qu’il continue, en attendant, de s’acquitter de ses importantes fonctions « avec la plénitude de dévouement que vous y avez jusqu’à présent déployée» .

La lettre du 18 octobre informait Bruat que son successeur serait Lavaud[1], accompagné « d’un lieutenant de vaisseau chef d’état-major, d’un capitaine au corps royal d’état-major, d’un secrétaire ; en sorte que les officiers qui ont occupé auprès de vous ces mêmes fonctions pourront, ainsi que vous l’avez demandé, effectuer leur retour en France en même temps que vous». Le Ministre exprimait à nouveau son « entière satisfaction pour le dévouement et la capacité avec lesquels vous avez rempli les importantes fonctions que le gouvernement du Roi vous avait confiées</».

Bruat se montra digne des éloges reçus. En décembre 1846, les derniers « insurgés » se rendirent, et les hostilités prirent fin officiellement le 1er janvier 1847. En février, il accueillait la Reine à Tahiti et lui rendait les honneurs. À son arrivée le 21 mai, Lavaud trouva un pays apaisé.

Bruat, sa famille et son état-major quittèrent Tahiti le 31 mai 1847 à bord de L’Uranie.

De retour en France, il fut préfet maritime de Toulon, puis gouverneur des Antilles. Amiral, Sénateur, il fut nommé commandant en chef de la flotte de la Mer Noire pendant la guerre de Crimée. Il y contracta le choléra et mourut le 19 décembre 1855.

Sa veuve, qui reçut plusieurs lettres de la Reine Pomare, fut nommée gouvernante de la maison des enfants de France.

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Histoire De La Polynésie Orientale Page 259

[1] En 1833, Lavaud commandait un navire à la station des Antilles sous les ordres de l’amiral de Mackau. De 1840 à 1843, il a commandé la station de Nouvelle-Zélande (à Akaroa).

« Le mois de juillet est un mois de fête. Après les jeunes élèves des écoles, au tour des troupes de danse de faire le show. Pour cette édition 2017, le Heiva i Tahiti fait la part belle aux hīmene avec 16 groupes de chants mais aussi à la catégorie amateur Hura ava tau pour le ‘ori tahiti. À partir du 6 juillet, douze groupes seront sur la scène de To’ata : huit en Hura ava tau et quatre chez les professionnels Hura tau. Au-delà du concours, l’autre moment très attendu du public et des participants concerne la soirée de la remise des prix. Le 19 juillet, les organisateurs honoreront le groupe Temaeva fondé et dirigé par Coco Hotahota. En 55 ans d’existence, cette troupe a marqué de son empreinte le Heiva en multipliant les récompenses et les prises de position. Le Heiva ne s’arrête pas uniquement à un concours de danses et de chants, c’est aussi un moment de communion entre une population et sa culture. Marche sur le feu, sports traditionnels, artisanat, spectacle sur le marae, autant de moments à partager en ce mois festif de juillet. Autre temps fort : le spectacle au marae‘Ārahurahu à Pā’ea. Coco Hotahota fait son grand retour sur le marae avec « Te Hau pahu nui », un spectacle traditionnel racontant l’alliance de trois chefferies.

Le mois de juillet est aussi très attendu par le Service de la Culture et du Patrimoine et par un grand nombre de personnes impliquées dans notre culture. Après des années de dur labeur, de nombreuses étapes franchies, une expertise rigoureusement menée, et un travail d’équipe acharné, la candidature du « Paysage culturel Taputapuātea » à l’inscription sur la liste des biens du Patrimoine Mondial pourrait bien connaître son dénouement. En avril dernier, le Ministère de la Culture a reçu la confirmation que notre candidature serait maintenue à l’ordre du jour de la 41e session du Comité du Patrimoine mondial qui doit se tenir du 2 au 12 juillet, à Cracovie en Pologne. Depuis, la délégation se prépare à y participer. Nous sommes là, de tout cœur derrière eux, pour les soutenir dans ce grand moment historique pour notre fenua. »

Premier journal culturel mensuel gratuit de Polynésie française, Hiro’a est l’expression de la synergie entre 7 établissements et services devenus partenaires sous la tutelle du Ministère de la Culture. Né en septembre 2007 et tiré à 5 000 exemplaires en quadrichromie, retrouvez-le dans les grandes surfaces, hyper et supermarchés, librairies, hôtels, mairies etc., ou téléchargez-le, comme près de 2 000 internautes chaque mois, sur les sites suivants : www.conservatoire.pf, www.museetahiti.pf, www.culture-patrimoine.pf, www.cma.pf, www.maisondelaculture.pf et www.artisanat.pf

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Viv(r)e le patrimoine

À partir des premières années du XXème siècle, on trouve dans les archives des courriers venant de l’étranger proposant des marchandises susceptibles d’intéresser les É.F.O.

Les deux documents proposés sont deux lettres en provenance des États-Unis.

La première émane des Établissements A. Schrader’s Son, Inc. L’en-tête précise que cette société est le meilleur fabricant de scaphandres, d’équipements de plongée, d’articles en laiton pour matériels en caoutchouc de toutes sortes. Sur un des sites consacrés à cette entreprise, on lit qu’Auguste Schrader, immigré allemand aux États-Unis, a ouvert un atelier de mécanique en 1844 à Manhattan, dans lequel il a développé des raccords et des valves pour les produits de caoutchouc tels que les coussins d’air et les gilets de sauvetage. Son grand intérêt pour la plongée sous-marine l’a amené à concevoir et fabriquer des casques de plongée et des pompes à air. Dans les années 1890, son intérêt se tourne vers les pneus gonflables : il invente la valve de roue, qu’on utilise encore aujourd’hui !

Dans les É.F.O., la pêche de l’huître nacrière et perlière est très active aux Tuamotus et aux Gambier. Entre 1902 et 1905, le professeur Seurat est venu l’étudier. Il écrit : « L’armement d’une équipe de scaphandriers pour la pêche est coûteux, chaque cotre de pêche étant monté par au moins dix hommes : deux ou trois sont des plongeurs, qui descendent dans l’appareil à tour de rôle ; un tient la ligne de vie, c’est-à-dire une corde grâce à laquelle le scaphandrier communique avec l’extérieur ; quatre tournent la manivelle, à tour de rôle ; enfin deux autres sont occupés à remonter le filet rempli d’huîtres perlières et à ouvrir celles-ci. […] Les scaphandres utilisés sont des engins américains» [1]. À New-York, sur son trajet de retour en France, il est interviewé par des journalistes, ce qui peut expliquer l’envoi de cette lettre adressée le 7 décembre 1906 à « Etablissment Francaise de L’Oceanic, Gentlemen », lettre qui fait suite à une précédente envoyée le 26 mars et restée sans réponse. L’auteur rappelle qu’il informait son lecteur que son entreprise fabriquait une pompe pour les profondeurs marines plus performante que les précédentes, et qu’il serait heureux d’en donner une à l’essai. « Nos produits sont de qualité supérieure, donnent entière satisfaction, et nous sommes sûrs que nous pourrons vous proposer des prix intéressants si vous nous dites que vous avez la possibilité de nous assurer d’une commande ferme de votre part.»

Cette lettre, comme la précédente, est transmise au Président de la Chambre de Commerce le 16 janvier 1907.

La seconde lettre est datée du 22 novembre 1932. Elle fait suite à un premier courrier auquel il n’a pas été répondu, comme la précédente, mais, contrairement à celle-ci, elle est adressée à une personne précise : Mr. Herve [2], Administrator of the Tuamotus, Tuamotus, French Oceania.

L’expéditeur est une « Compagnie de services privés » s’appelant KEWANEE, du nom de la ville où elle est implantée dans l’Illinois, aux États-Unis. L’en-tête précise qu’elle fabrique des fournitures pour la distribution de l’eau, pour l’éclairage électrique et l’évacuation des eaux usées. C’est son siège de New-York qui contacte l’administrateur, lui rappelant le premier courrier du 7 juillet dans lequel étaient présentés, dans des brochures, de petits équipements d’éclairage, avec des estimations de prix. On ne sait pas si ce courrier répond à une demande de François Hervé. C’est fort possible, puisqu’il est écrit : « Si vous avez reçu cette lettre avec sa documentation, nous nous demandons si cela vous donnait l’information souhaitée. Nous sommes très intéressés par votre problème et nous serions heureux de vous aider de quelque manière que ce soit.» Le Directeur du bureau de New-York, qui signe la lettre, espère que la documentation envoyée a été lue attentivement. « Il n’y a vraiment rien aujourd’hui sur le marché qui puisse être comparé, en qualité, à ce que nous proposons, et nos prix sont très bas».

Les deux lettres se terminent par le souhait d’avoir une réponse rapide.

Les dossiers conservés aux archives ne comportent pas d’autres documents qui auraient pu nous renseigner sur les suites éventuelles…

1906 Schrader S Son, INC 48W995
1932 Kewanee

[1]             Voir Archipol n° 3, L’huître nacrière et perlière aux Tuamotu-Gambier, 2000.

[2]             François HERVÉ, 1875-1939, administrateur par intérim des Tuamotu de 1925 à 1937.

Titre : « Danseurs tahitiens »

Auteur : Claire LEVERD

Éditeur: LEVERD & TILLET

Date : 1954

Type : Carte postale

Description : 1954. Elles sont révolues les années des interdits vestimentaires festifs. Nous sommes probablement aux Fêtes du Juillet. Un groupe de danse composé uniquement de danseurs masculins se produit au centre de l’esplanade des spectacles. Plus de tenues strictes, plus de pantalon ni aucune chemise. Les danseurs évoluent torse nu et le costume est très léger. Un simple « more » à la taille, sans ornement, un pompon ou plumet dans chaque main et une petite coiffe sur la tête. Le tout réalisé à partir de fibre végétale. La prestation pourrait surprendre plus d’un au vue de la tenue et de la chorégraphie. Le public, venus nombreux, est au rendez-vous. Plus de longues robes, ni de costumes non plus pour les spectateurs. La tenue légère est désormais de rigueur. A l’ombre des grands arbres, ils apprécient la prestation de danse qui leur est proposée.

Identifiant : Z14-008-03358

Source : Fonds Gutzwiller, Collection Archives PF

Droits : Droits réservés

31 JUIL 2017 Z14 008 03358
Titre : « 30.- Le 14 Juillet à TAHITI – 14th July in Tahiti »

Auteur : Marie-Charles Georges SPITZ (Tahiti 1879-1894)

Éditeur: Éditions G. SPITZ, Tahiti

Période : 1881-1894

Type : Carte postale

Description : Tahiti, Place du Gouvernement, 14 Juillet. Sur cette grande Place où se tiennent les festivités du 14 Juillet, les drapeaux tricolores ont été levés. Une estrade couverte de tôles et ornée d’une banderole multicolore, de couronnes végétales et de palmes de cocotier tressées a été installée. Elle abrite certainement les officiels et leur famille, ainsi que les membres du jury. De chaque côté de cette estrade sont installés les spectateurs. Certains plus chanceux que d’autres sont assis. Les femmes sont habillées de longues robes blanches et coiffées d’un chapeau. Quant aux hommes, le costume et le chapeau sont également de rigueur. Les enfants, bien endimanchés, accompagnent leurs parents. En arrière-plan, on peut apercevoir quelques spectateurs debout sur le balcon du bâtiment des Contributions, lui aussi pavoisés de drapeaux tricolores. Tous attendent patiemment l’arrivée des danseurs et chanteurs.

Identifiant : Z14-008-0851

Source : Fonds Gutzwiller, Collection Archives PF

Droits : Droits réservés

30 JUIL 2017 Z14 003 00861

Titre : « 35.- TAHITI. –Arave, Arave, danse tahitienne – Tahitian dance (Arave Arave) »

Auteur : Marie-Charles Georges SPITZ (Tahiti 1879-1894)

Éditeur: Éditions G. SPITZ, Tahiti

Période : 1881-1894

Type : Carte postale

Description : Tahiti, Place du Gouvernement, Fêtes de Juillet. Pour l’occasion, une petite tribune couverte de tôles est ornée de banderoles, de drapeaux tricolores et de grosses couronnes végétales. Elle y abrite certainement officiels et jury. La population, parée de ses plus beaux habits est venue assister en nombre aux prestations proposées par les groupes de chaque district. Au centre de l’esplanade, un groupe présente justement sa danse. Tandis que certains danseurs, disposés en cercle, sont accroupis et semblent frapper leurs mains sur le sol, d’autres, principalement des femmes, évoluent au centre. Les danseurs sont parés d’un costume et d’une coiffe entièrement réalisés à base de fibre végétale. Les danseuses, quant à elles, portent une longue robe blanche aux manches à mi-longueur et à col marin. Contrairement aux danseurs, elles ne portent pas de coiffe, mais une couronne de fleurs.

Identifiant : Z14-008-0851

Source : Fonds Gutzwiller, Collection Archives PF

Droits : Droits réservés

29 JUIL 2017 Z14 003 00851