Correspondance Ministre à Commissaire Impérial à propos du ravitaillement en vivres des Établissements français de l’Océanie

En 1853, il y avait, dans les Établissements français de l’Océanie, 1 100 « expatriés » à nourrir : environ 600 rationnaires de la Division navale, et 500 rationnaires du Service colonial. Le transport des vivres était l’objet de toutes les attentions du Ministre de la Marine et des Colonies Théodore Ducos.

Les quatre lettres constituant ce dossier furent écrites aux mois d’août, octobre et décembre 1853. Elles font état des difficultés qui étaient à surmonter pour assurer ce ravitaillement, afin que les rationnaires mangeassent chaque jour à leur faim.

Il fallait d’abord disposer de navires, ce qui n’était pas un problème. Encore fallait-il que ces navires fussent en mesure de naviguer : « Monsieur le Commandant, j’ai appris avec un extrême sentiment de contrariété que le navire chargé de vivres (le Bisson) dont je vous ai annoncé le départ pour le 15 septembre par ma dépêche du 27 août dernier, a relâché à La Rochelle par suite de grosses avaries ».

Il fallait ensuite compter avec les délais variables de la navigation à voile. Le 31 octobre, le Ministre écrivait : « Je n’ai reçu votre lettre du 1er janvier que le 20 mai, en même temps que celle du 9 février ». Dans les années qui suivraient, ce problème n’allait plus se poser du fait de la mise en service généralisée de navires à vapeur.

Il fallait aussi estimer le plus justement possible quels étaient les besoins des établissements. Le Commandant Page manquait de précision dans ses demandes de vivres : « En l’absence de renseignements positifs sur vos ressources […], j’ai prescrit de vous expédier en deux chargements les espèces et quantités de denrées mentionnées en l’état ci-joint, composant le nécessaire pour 12 mois à l’effectif de la Division de l’Océanie (577 hommes) ».

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Le bateau ne partant pas de France, et ne sachant pas quand il serait en mesure de reprendre la mer, le Ministre devait parer au plus pressé : « Quoiqu’il en soit, je prends des dispositions pour que l’envoi qui vous est destiné parte de France au plus tard dans les derniers jours de Novembre. Cet envoi se composera de six mois de vivres, non compris, bien entendu, le café, le sucre, les légumes et le sel, pour les 600 rationnaires de votre Division et pour les rationnaires du service colonial ». Mais ces vivres n’arriveraient qu’en mai 1854.

Le Ministre disposait d’une solution de secours : l’approvisionnement à partir de l’Amérique du Sud. « Vivement préoccupé de la pénurie dans laquelle vous vous trouvez, j’expédie par ce courrier l’ordre au Commandant de la Station de l’Océan Pacifique et, dans le cas où il serait à la mer, à l’officier commandant le navire qui se trouvera sur la rade de Callao ou de Valparaiso, de faire acheter et de vous faire parvenir immédiatement, soit par un bâtiment de la station, soit par un navire du commerce affrété à cet effet, la quantité de vivres qui vous sont nécessaires pour trois mois. »

Théodore Ducos avait à gérer une logistique impressionnante, d’autant plus que l’année 1853 fut celle de la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie. Il pensait qu’il serait intéressant de voir si les terres occupées ne pourraient pas fournir leur part de vivres. C’est ce qu’il suggérait à Page : « En attendant votre envoi de France, je vous invite à recourir autant que possible aux aliments naturels du pays. Nos possessions éloignées ne nous offrirons d’avantages sérieux et réels que lorsqu’elles pourront se suffire, au moins pour les besoins les plus courants de la vie. Que deviendrions-nous en temps de guerre, s’il faut indéfiniment vous assurer les moyens d’existence ? J’attends de vous des études très sérieuses sur cette question. Je désire surtout que vous vous attachiez dans vos états détaillés de demandes, à ne réclamer de moi que des objets d’une absolue nécessité, et que les productions du pays ne peuvent pas suppléer ».

La qualité des vivres était aussi une préoccupation. Ainsi, ce qu’on appelait « farine d’armement » était une farine étuvée spécialement pour la marine. Le transport et le stockage étaient très contrôlés : « J’ai vu avec satisfaction que les vivres qui vous ont été expédiés de France en 1852, vous sont parvenus en très bon état et que d’avance, vous aviez pris toutes les mesures nécessaires pour les loger convenablement et en assurer la conservation ».

Enfin, la diététique n’était pas absente : « Vos rationnaires recevront en moyenne de la viande fraîche à dîner dans la proportion d’un repas sur trois repas de salaison. […] Je vous prie de me faire connaître à l’avenir si cette proportion est celle qu’il convient de maintenir comme base des envois à vous faire en ce qui concerne les viandes salées ».

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