Déclaration Jarnac – Palmerston 16 juin 1847

La Déclaration présentée ici est aussi connue sous l’appellation Convention de Jarnac.

Il s’agit d’un texte court destiné à « écarter une cause de discussion » entre les gouvernements français et britannique à propos des Îles Sous-le-Vent.

La guerre qui a opposé les Tahitiens regroupés autour de Pomare IV, demandant la protection de la Grande-Bretagne, aux partisans du protectorat français, s’est achevée fin décembre 1846 par la victoire de ces derniers. Depuis juillet 1844, la Reine était en exil volontaire à Raiatea. Là, elle se sentait en sécurité auprès de son oncle Tamatoa IV (qui avait adopté son fils Tamatoa Pomare, lequel allait devenir Roi de Raiatea en 1857). Sa mère Teremoemoe et sa tante Teriitaria, « épouse surnuméraire » de Pomare II et Reine de Huahine, l’avaient accompagnée.

Pomare IV se sentait chez elle. Son père, Pomare II, avait noué des liens très forts avec les Îles Sous-le-Vent. Quand il dut se réfugier à Eimeo, il fit appel aux chefs de cet archipel. Ceux-ci, impressionnés par la nouvelle religion qu’il professait, ne tardèrent pas à s’en faire les adeptes dans leurs îles

À l’occasion d’un voyage, Pomare II avait adopté Tapoa II, lui donnant ainsi le nom de Pomare. Il lui destinait sa fille. Le mariage eut lieu à Tahaa en 1822. Les observateurs estimaient que Tapoa, devenu chef de cette île, devait alors être âgé de 16 ans. Ils se séparèrent en 1829. Aimata était reçue dans ces îles comme une princesse puis, devenue Reine, comme souveraine. Elle séjourna aux  Îles Sous-le-Vent de septembre 1829 à janvier 1831. « Durant ce voyage, écrit Eugène Caillot[1], elle ne cessa de se livrer à la débauche et à l’ivrognerie.» On sait que les chefs à Tahiti (Tati, Hitoti, Paofai, Utami et d’autres) parvinrent à lui imposer de revenir à Tahiti et de se tenir dignement.[2]

Raoul Teissier[3] précise : « Lors de son voyage aux Îles Sous-le-Vent en 1840-41, Aimata, Pomare IV, s’est fait partout reconnaître comme suzeraine des droits royaux, non pas à cause d’une prétendue prééminence des Pomare, mais parce qu’elle était le rejeton aîné de Tamatoa III, en signe de quoi son second fils Teratane [Ariiaue], né en 1839, a été adopté à Huahine pour en devenir roi, et sa fille Teriimaevarua, née en 1841, l’a été à Borabora pour en devenir la reine (en 1860). […] À Raiatea, l’existence d’enfants nés de Tamatoa IV n’a pu faire obstacle à l’accession au trône de Tamatoa V (troisième fils de Pomare IV) ».

« Les îles étaient donc bel et bien reconnues comme faisant partie du royaume de la reine de Tahiti et elle-même jouissait de sa position ainsi définie sans se poser de question. Même sur le plan international les îles étaient admises comme telles.« [4]

Mais en mars 1845, l’amiral anglais Seymour se déclara publiquement en faveur de l’indépendance des  Îles Sous-le-Vent. Voyant la tournure que prenaient les événements, Bruat demanda aussitôt des renforts à Paris : Il faut « faire cesser toute intervention occulte ou officielle […] Je vais entreprendre le blocus de Raïatéa où sont assemblés Pomaré et les arii ses parents. Je fais en outre mettre sous séquestre les biens de Teriitaria, reine de Huahiné mais aussi cheffesse du district de Paré. […] Il est dangereux de laisser un état indépendant à la porte de Tahiti. Cette indépendance ne serait que nominale, l’influence des missionnaires, la facilité de colonisation dans ces îles par les Anglais en feraient rapidement des points hostiles à Tahiti […] Envoyez-moi deux vapeurs ».[5]

L’expédition militaire et navale à Huahine en janvier 1846 fut repoussée par la reine Teriitaria et coûta de lourdes pertes aux troupes françaises.

Malgré la médiation du couple Salmon, Pomare s’obstinait dans l’attente d’une réponse positive de la Grande-Bretagne à ses demandes d’aide. Mais le gouvernement anglais ne souhaitait pas se lancer dans cette entreprise. La guerre se termina à Tahiti à la fin de l’année 1846. Bruat envisagea alors de destituer la Reine. Ce fut à la suite d’une ultime ambassade de la princesse Ariitaimai Salmon que Pomare consentit à revenir, et fut accueillie en souveraine le 9 février 1847.

Les Anglais résidents des  Îles Sous-le-Vent se firent pressants auprès de Londres pour que l’indépendance de ces îles soit reconnue. Curieusement, Pomare IV déclara qu’elles ne faisaient pas partie de son royaume. Décontenancé et excédé, le gouvernement français ne voulait plus de problèmes avec les Anglais au sujet de Tahiti. L’affaire Pritchard était encore dans les esprits. Louis-Philippe finit par concéder la présente Convention le 19 juin 1847.

On remarque que la reine a été tenue en dehors des négociations.

Les deux souverains français et anglais reconnaissent l’indépendance des  Îles Sous-le-Vent.

Ils s’engagent à ne jamais en prendre possession ni d’y établir un protectorat.

Quant au troisième point, il vise sans les nommer Pomare IV et sa descendance : « ne jamais reconnaître qu’un chef ou prince régnant à Taïti puisse en même temps régner sur une ou plusieurs des îles susdites« .

Pomare IV avait perdu la souveraineté sur  les Îles Sous-le-Vent, mais de fait, elle resta suzeraine.

Le gouverneur Lavaud écrit, en 1850 : « L’indépendance formelle des Îles Sous-le-Vent n’affranchissait point leurs chefs de l’ascendant de la reine Pomare. Ils sont à cet égard aussi soumis que ses propres sujets ; ils ne décident rien sans sa participation ; ils viennent chaque année près d’elle faire un séjour plus ou moins long dont elle fixe la durée en ordonnant leur départ lorsqu’elle le juge convenable sans en donner le motif et sans qu’on lui en demande compte. Cet empire est si grand qu’au préjudice de ses enfants légitimes, chacun des chefs des  Îles Sous-le-Vent a adopté pour lui succéder un des enfants de la reine…»[6]

La Convention de Jarnac a été abolie, d’un commun accord entre les deux puissances coloniales, le 16 novembre 1887, laissant la voie libre à la France pour annexer l’archipel le 16 mars 1888.

T018 001
T018 002
T018 003

[1]     Caillot Eugène, Histoire de la Polynésie orientale, 1910.

[2]     Voir Michel Bailleul, Archipol n° 15, 2014.

[3]     Raoul Teissier, Chefs et Notables des ÉFO au temps du protectorat, 1842-1880, BSEO, 1978.

[4]     Bertrand de La Roncière, La Reine Pomare – Tahiti et l’Occident, 1812-1877, L’Harmattan, Paris, 2003.

[5]     Bertrand de La Roncière, op. cit.

[6]     Bertrand de La Roncière, op. cit.

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